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Vers Ispahan

En avril 1900, revenant d’Inde, Pierre Loti entreprend un périple à travers la Perse, de Chiraz à Ispahan. Chevauchant sur les plateaux arides et à travers les oasis endormies, il découvre l’ancienne capitale des Safavides.
De loin, il est saisi par l’éclat des coupoles et minarets d’émail bleu, surgissant comme un mirage. Mais à mesure qu’il approche, l’illusion se dissipe.
À l’intérieur, la splendeur apparente masque l’usure : les mosaïques se détachent, les façades semblent rongées par une « lèpre grise », et la vie elle-même paraît s’être retirée depuis des siècles. Pour Loti, Ispahan demeure une place unique au monde, fascinante dans sa beauté déchue.
Vers Ispahan est à la fois un carnet de route et un poème en prose, où l’auteur mêle émerveillement et mélancolie devant un Orient qui se défait.

Brûlant secret

Dans une station de montagne, un aristocrate en villégiature croise une femme élégante, accompagnée de son fils Edgar. Pour approcher la mère, il se lie avec l’enfant, feignant l’amitié. Mais derrière cette complicité se cache une intention que le garçon pressent sans pouvoir la nommer.

Stefan Zweig explore ici les tensions invisibles qui lient et séparent adultes et enfants, le passage brutal de l’innocence à la lucidité, et la blessure intime que provoque la découverte d’un secret brûlant.

À l’ombre des jeunes filles en fleurs – première partie

Peinture représentant deux jeunes femmes vêtues de robes claires, allongées ou assises dans un paysage verdoyant, l’une portant un chapeau, dans une atmosphère douce et lumineuse aux couleurs pastel. Des bandeaux vert turquoise comportant le titre du livre sont superposés à l’image : À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Première partie, de Marcel Proust, publié par rueLaplace éditions, livre en grands caractères (typographie Luciole, corps 16).

Dans l’attente inquiète d’un dîner, au détour d’une promenade ou sous la lumière changeante d’un salon, le narrateur découvre combien chaque geste, chaque parole, révèle un monde secret. Les visages familiers se transforment, les êtres aimés s’éloignent, et déjà se dessine l’inéluctable fragilité des passions. Entre la conversation d’un diplomate à l’esprit mesuré et les visites chez ceux qui furent jadis des figures admirées, s’installe le pressentiment de la perte et le charme douloureux d’une jeunesse qui s’efface au moment même où elle s’éveille.

À l’ombre des jeunes filles en fleurs – deuxième partie

Peinture représentant deux jeunes femmes vêtues de robes claires, allongées dans l’herbe, l’une portant un chapeau, dans un paysage lumineux aux teintes jaunes et vertes, avec une atmosphère douce et estivale. Des bandeaux violets comportant le titre du livre sont superposés à l’image : À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Deuxième partie, de Marcel Proust, publié par rueLaplace éditions, livre en grands caractères (typographie Luciole, corps 16).

À Balbec, le regard s’ouvre comme une fenêtre sur l’infini : l’éclat de la mer, la blancheur des façades, la lumière qui se diffracte au gré des heures. Au milieu de ce décor mouvant surgit une bande de jeunes filles, radieuses, insaisissables, comme emportées par le vent de l’été. Leur apparition transforme chaque promenade en une attente, chaque sourire en une promesse. Le temps des vacances devient celui des songes et des découvertes, où la beauté du monde se confond avec le trouble des désirs naissants.

À l’ombre des jeunes filles en fleurs – troisième partie

Peinture représentant une jeune femme vêtue d’une robe claire, allongée dans l’herbe, tenant une ombrelle ouverte, dans un paysage verdoyant aux couleurs douces et lumineuses, avec une atmosphère paisible et estivale. Des bandeaux bleu clair comportant le titre du livre sont superposés à l’image : À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Troisième partie, de Marcel Proust, publié par rueLaplace éditions, livre en grands caractères (typographie Luciole, corps 16).

Revenu aux cercles de la vie mondaine, le narrateur y perçoit à la fois le ridicule des prétentions et l’éclat des amitiés véritables. Dans l’agitation des salons, les figures se dessinent et se dérobent, entre l’aristocrate généreux et l’ami trop empressé, entre les conversations qui s’enflent et les silences qui en disent davantage. Mais sous la comédie sociale affleure l’appel plus intime d’une jeunesse en quête de vérité : chaque rencontre devient une initiation, chaque voix un écho, et déjà se pressent que les désirs, les amitiés, les rêves n’ont pas encore livré toute leur profondeur.

La Galilée

J’ai parcouru la triste Galilée au printemps, et l’ai trouvée muette sous un immense linceul de fleurs. Les ondées d’avril y tombaient encore, et elle n’était qu’un désert d’herbages, un monde de graminées légères, prenant vie nouvelle au chant d’innombrables oiseaux. Les grands souvenirs, les débris, les ossements semblaient plus pro­fon­dément y sommeiller, sous ce silencieux renouveau des plantes, – et j’ai voulu, dans mon récit, les remuer à peine. Aux approches de Nazareth et de la mer de Thibériade, le fantôme ineffable du Christ deux ou trois fois s’est montré, errant, presque insaisissable, sur le tapis infini des lins roses et des pâles marguerites jaunes, – et je l’ai laissé fuir, entre mes mots trop lourds…

Jérusalem

Jérusalem ! Ceux qui ont passé avant moi sur la terre en ont déjà écrit bien des livres, profonds ou magnifiques. Mais je veux simplement essayer de noter les aspects actuels de sa désolation et de ses ruines ; dire quel est, à notre époque transitoire, le degré d’effa­cement de sa grande ombre sainte, qu’une génération très prochaine ne verra même plus…
[…] Vraiment, mon livre ne pourra être lu et supporté que par ceux qui se meurent d’avoir possédé et perdu ­l’Espérance Unique ; par ceux qui, à jamais incroyants comme moi, viendraient encore au Saint-Sépulcre avec un cœur plein de prière, des yeux pleins de larmes, et qui, pour un peu, s’y traîneraient à deux genoux…

Le Désert

Où sont mes frères de rêve, ceux qui jadis ont bien voulu me suivre aux champs d’asphodèles du Moghreb sombre, aux plaines du Maroc ?… Que ceux-là, mais ceux-là seuls, viennent avec moi en Arabie Pétrée, dans le profond désert sonore.
Et que, par avance, ils sachent bien qu’il n’y aura dans ce livre ni terribles aventures, ni chasses extraordinaires, ni découvertes, ni dangers ; non, rien que la fantaisie d’une lente promenade, au pas des chameaux berceurs, dans l’infini du désert rose…
Puis, au bout de la route longue, troublée de mirages, Jérusalem apparaîtra, ou du moins sa grande ombre, et alors peut-être, ô mes frères de rêve, de doute et d’angoisse, nous prosternerons-­nous ensemble, là, dans la poussière, devant d’ineffables fantômes.