Journal d’un curé de campagne
Nommé curé d’Ambricourt, dans un village du Nord de la France rongé par l’ennui et les rancunes, un jeune prêtre se heurte à l’indifférence, aux humiliations et aux péchés ordinaires de ses paroissiens. Fragile, solitaire, rongé par le doute et la maladie, il confie dans un cahier d’écolier ses joies, ses désespoirs, ses combats intérieurs.
À travers cette voix simple et ardente, Bernanos révèle l’itinéraire spirituel d’un « forçat de Dieu », à la fois dupe et sauveur, guide et victime, dont l’humilité et la foi finissent par triompher dans l’épreuve.
GRAND PRIX DU ROMAN DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE
Jérusalem
Jérusalem ! Ceux qui ont passé avant moi sur la terre en ont déjà écrit bien des livres, profonds ou magnifiques. Mais je veux simplement essayer de noter les aspects actuels de sa désolation et de ses ruines ; dire quel est, à notre époque transitoire, le degré d’effacement de sa grande ombre sainte, qu’une génération très prochaine ne verra même plus…
[…] Vraiment, mon livre ne pourra être lu et supporté que par ceux qui se meurent d’avoir possédé et perdu l’Espérance Unique ; par ceux qui, à jamais incroyants comme moi, viendraient encore au Saint-Sépulcre avec un cœur plein de prière, des yeux pleins de larmes, et qui, pour un peu, s’y traîneraient à deux genoux…
Le Désert
Où sont mes frères de rêve, ceux qui jadis ont bien voulu me suivre aux champs d’asphodèles du Moghreb sombre, aux plaines du Maroc ?… Que ceux-là, mais ceux-là seuls, viennent avec moi en Arabie Pétrée, dans le profond désert sonore.
Et que, par avance, ils sachent bien qu’il n’y aura dans ce livre ni terribles aventures, ni chasses extraordinaires, ni découvertes, ni dangers ; non, rien que la fantaisie d’une lente promenade, au pas des chameaux berceurs, dans l’infini du désert rose…
Puis, au bout de la route longue, troublée de mirages, Jérusalem apparaîtra, ou du moins sa grande ombre, et alors peut-être, ô mes frères de rêve, de doute et d’angoisse, nous prosternerons-nous ensemble, là, dans la poussière, devant d’ineffables fantômes.
