Madame de Montespan – Grandeur et décadence d’une favorite
Au milieu d’un brouhaha d’aimables conversations, on attendait l’ouverture du nouveau ballet : Hercule amoureux, divertissement où le jeune roi devait se produire, ainsi qu’il le faisait chaque hiver, dans les ébats chorégraphiques où il excellait.
La brillante assemblée ne fut point déçue. Sous les costumes éblouissants de Mars et du Soleil, le monarque recueillit des applaudissements unanimes, en dansant « avec la grâce ordinaire inséparable de toutes ses actions », selon la formule des chroniqueurs du temps.
Parmi les filles de la meilleure noblesse qui figuraient dans l’une des entrées, sous les princiers atours de la famille impériale d’Autriche, on remarqua, à côté de Mlle de Rohan et de la duchesse de Sully, une ravissante blonde aux yeux bleus vifs et spirituels : Mlle de Tonnay-Charente, Françoise de Mortemart.
[…]
Celle qui attirait ainsi les regards, la future marquise de Montespan, entrait alors dans sa vingt-deuxième année.
Madame de Pompadour
Marcelle Tinayre nous offre ici un portrait intime de cette femme hors du commun : une jeune épouse qui rêve d’amour et de gloire, une maîtresse tendre et raffinée, une amie fidèle du roi, mais aussi une figure fragile derrière l’apparat des fêtes et des intrigues de cour.
Plus qu’une biographie, ce livre dessine, avec sensibilité, la destinée sentimentale d’une femme qui voulut être aimée autant qu’admirée.
Un récit vivant et élégant, où l’Histoire se mêle aux confidences du cœur.
« Cher lecteur, je ne suis pas un historien qui vous apporte des documents inédits sur la marquise de Pompadour. Je suis un portraitiste curieux de son modèle, et qui, après d’illustres devanciers, a tenté de peindre pour vous, fémininement, une figure de femme. Dans cette esquisse au pastel, ce qui doit revivre c’est la bourgeoise de Paris, la maîtresse et l’amie du Roi, vue, non pas dans son rôle politique, mais dans son intimité d’amoureuse : une Pompadour en demi-déshabillé, jolie, artiste, et fragile, et qui meurt comme elle a vécu, en grande toilette, avec un sourire désenchanté. » – Marcelle Tinayre
Mademoiselle de La Vallière
Au cours de l’histoire de France, le peuple a maudit souvent les maîtresses royales dont les prodigalités ont coûté si cher.
Les censeurs ont flétri chez les favorites leur avidité personnelle, leur soif de places pour leurs créatures, leur empire funeste sur de faibles princes qu’elles ont asservis, amollis et avilis, ou leur intrusion néfaste dans les affaires de l’État.
Aucun de ces reproches ne peut être adressé à Louise de La Vallière. Demeurée simple et discrète, modeste et désintéressée, au milieu des honneurs qu’elle ne sollicita jamais, elle n’accepta la fortune que pour ses enfants, et son influence sur Louis XIV, uniquement dictée par une douce tendresse, ne le détourna jamais de ses devoirs de roi.
Les fêtes galantes qu’il inventa pour lui plaire commencèrent de porter au loin la renommée de cette Cour de France dont la magnificence et l’éclat allaient faire l’envie et l’admiration de toute l’Europe.
Si, du point de vue de la morale pure, on peut blâmer la chute rapide de cette sage jeune fille, jamais faute ne fut humainement plus excusable, jamais plus méritoire le renoncement au monde qui l’a suivie, jamais plus dure l’expiation qu’elle voulut elle-même de son péché.
Tendre et fidèle maîtresse dont le nom évoque la radieuse jeunesse d’un grand roi, touchante victime d’un unique amour et qui mourut au monde quand elle l’eut perdu, pieuse carmélite vouée à la plus rude pénitence, c’est sous ce triple aspect que l’attachante figure de Louise de La Vallière vivra dans la mémoire des hommes.
Gabrielle d’Estrées presque reine
Les rideaux de damas rouge relevés laissaient apercevoir Gabrielle, souriante et un peu intimidée, mais éblouissante dans une robe de satin noir, semée de broderies de jais, la jupe « toute huppée de blanc et chargée de tant de perles et de pierreries si reluisantes qu’elles offusquaient la lueur des flambeaux », au dire de L’Estoile. Tandis que, d’un regard d’envie, les femmes détaillaient avidement sa toilette, les hommes dévisageaient insolemment celle que les prédicateurs leur avaient dépeinte comme une créature impudique issue de l’enfer.
Mais à la voir si belle et si gracieuse, l’air si doux et si bon, les bonnes gens pensaient que son royal amant avait bien quelques excuses. Et puis, ne l’avait-elle pas rendu père d’un superbe garçon ? et il y avait cinquante ans qu’on n’avait vu roi de France donner cette preuve de virilité !
La Reine Margot
Marguerite de Valois, fille d’Henri II et épouse d’Henri IV, est-elle vraiment la même personne que la reine Margot ? Si la première est une figure historique, la seconde relève plutôt du mythe. La littérature romantique, notamment Alexandre Dumas, l’a dépeinte comme une intrigante aux mœurs dépravées. En réalité, son véritable visage est bien différent. La reine Margot était l’une des femmes les plus cultivées et des plus « à la page » de son époque.
« Femme à la page, est-ce qu’elle ne l’était pas par excellence pour son temps, cette reine Margot, cultivée, spirituelle, audacieuse, fine diplomate, se plaisant à l’aventure et se moquant du qu’en dira-t-on, sensuelle et femme de lettres ? Et qui lira l’histoire de sa vie, de ses multiples aventures, pourra-t-il s’étonner qu’elle ait passionné l’auteur de la Chasse à l’homme ! » (extrait de la préface de Claude Gével)
Marie-Antoinette – partie 1
Marie-Antoinette n’était ni la grande sainte du royalisme ni la grande « grue » de la Révolution, mais un être moyen, une femme en somme ordinaire, pas trop intelligente, pas trop niaise, un être ni de feu ni de glace, sans inclination pour le bien, sans le moindre amour du mal, la femme moyenne d’hier, d’aujourd’hui et de demain, sans penchant démoniaque, sans soif d’héroïsme, assez peu semblable à une héroïne de tragédie. Mais l’Histoire, ce démiurge, n’a nullement besoin d’un personnage central héroïque pour échafauder un drame émouvant.
[…] Avec un réalisme mélodramatique, cette tragédie met en présence les oppositions les plus violentes ; elle pousse Marie-Antoinette d’un palais impérial aux cent salons dans une misérable geôle, du carrosse doré sur la charrette du bourreau, du trône sur l’échafaud ; elle la jette du luxe dans l’indigence ; d’une femme jouissant de la faveur générale et partout acclamée, elle fait un objet de haine sur qui s’abat la calomnie ; bref elle l’entraîne toujours plus bas, sans pitié, jusqu’au suprême abîme. Et cet être petit et médiocre, soudainement assailli dans sa nonchalance, ce cœur étourdi ne comprend pas ce que lui veut cette force étrangère ; il sent seulement qu’une dure poigne le pétrit, qu’une griffe brûlante s’enfonce dans sa chair torturée ; inaccoutumé à la souffrance, la craignant, il ne se doute de rien, se débat, gémit, cherche à s’échapper. (S. Zweig)
Marie-Antoinette – partie 2
Marie-Antoinette n’était ni la grande sainte du royalisme ni la grande « grue » de la Révolution, mais un être moyen, une femme en somme ordinaire, pas trop intelligente, pas trop niaise, un être ni de feu ni de glace, sans inclination pour le bien, sans le moindre amour du mal, la femme moyenne d’hier, d’aujourd’hui et de demain, sans penchant démoniaque, sans soif d’héroïsme, assez peu semblable à une héroïne de tragédie. Mais l’Histoire, ce démiurge, n’a nullement besoin d’un personnage central héroïque pour échafauder un drame émouvant.
[…] Avec un réalisme mélodramatique, cette tragédie met en présence les oppositions les plus violentes ; elle pousse Marie-Antoinette d’un palais impérial aux cent salons dans une misérable geôle, du carrosse doré sur la charrette du bourreau, du trône sur l’échafaud ; elle la jette du luxe dans l’indigence ; d’une femme jouissant de la faveur générale et partout acclamée, elle fait un objet de haine sur qui s’abat la calomnie ; bref elle l’entraîne toujours plus bas, sans pitié, jusqu’au suprême abîme. Et cet être petit et médiocre, soudainement assailli dans sa nonchalance, ce cœur étourdi ne comprend pas ce que lui veut cette force étrangère ; il sent seulement qu’une dure poigne le pétrit, qu’une griffe brûlante s’enfonce dans sa chair torturée ; inaccoutumé à la souffrance, la craignant, il ne se doute de rien, se débat, gémit, cherche à s’échapper. (S. Zweig)
