Charlotte Corday
Le XIXe siècle avait cessé de croire que de grandes volontés pussent modifier le cours de l’histoire. L’exemple de Napoléon aurait pourtant dû lui démontrer son erreur, mais on s’était justement habitué à voir dans ce cas la faillite d’une énergie prodigieuse et d’une volonté presque surhumaine, incapables de finalement changer le monde dans le court espace de temps que Dieu donne à chacun pour accomplir son destin.
Or, l’évolution contemporaine, et la plus récente, s’est chargée de prouver que la décision d’un seul ou de quelques-uns peut, au contraire, bouleverser l’univers, à la condition qu’ils incarnent dans une certaine mesure les directives du fatum.
C’est à la lumière de ces exemples nouveaux qu’il faut réviser le procès de Charlotte Corday et revivre sa passion.
Au lieu de voir dans son attentat un geste désespérément inutile et isolé, impuissant à changer le cours des événements, nous avons interprété son acte comme une incarnation du rêve de vertu et de justice qui est la meilleure idée-force de la Révolution française, qui veut, malgré tous les obstacles dressés sur sa route, édifier un monde plus pur pour des hommes plus purs et qui s’oppose à la violence inutilement destructrice et sanglante de Marat.
Cette interprétation n’est pas une vue de l’esprit. Elle seule nous a paru respecter la pensée de Charlotte, maintes fois exprimée, et les forces spirituelles qui armèrent son bras.
Danton
La main gauche embrassant la hanche puissante par un geste qui lui est familier, la droite se tend menaçante, cherche l’ennemi, le dénonce, l’arrache presque à son banc pour le clouer au pilori. Et, de temps à autre, la tête se baisse et, le cou gonflé par la fureur, il semble alors un taureau qui va foncer droit et tout démolir.
Mais le plus souvent on le voit, par un violent effort, se maîtriser ; ce furieux se fait modéré : il offre la paix à qui lui fait une guerre à mort. Sa figure alors s’illumine d’un sourire où les uns voient de la bonhomie, les autres de l’astuce. Ce n’est plus le tribun qui a soulevé Paris ; c’est un brave homme d’avocat champenois prêt aux transactions. En quelques minutes, sur cette face mafflue, dix expressions ont passé, tandis que de sa bouche sortaient presque au même moment des cris effroyables de défi et des appels cordiaux à la concorde. C’est tout Danton.
