Histoire d’Édouard Manet et de son œuvre
C’est que l’œuvre de Manet ne doit pas seulement la place qu’elle prend à la valeur individuelle de son auteur, son importance s’accroît, comme comprise dans un grand mouvement de rénovation accompli, qui l’emporte avec lui. L’art français s’est en effet profondément transformé, dans la seconde moitié du XIXe siècle et en grande partie sous l’action de Manet. […] Manet, en 1863, avec Le Déjeuner sur l’herbe et, en 1865, avec Olympia, introduisait des êtres appartenant à la vie réelle, en opposition à l’art traditionnel. Manet était essentiellement un citadin, l’homme d’une culture raffinée et ce qu’il apportait était la peinture de la réalité, prise à l’ambiance parisienne. Il apportait surtout, comme élément de profonde transformation, une vision nouvelle, une manière audacieuse de juxtaposer les tons et les couleurs, dans leur éclat.
Berthe Morisot
Derrière la simplicité de sa vie extérieure, derrière la banalité des agitations de sa vie mondaine qu’illuminèrent à la vérité le charme d’une grâce féminine exquise et le sourire d’une constante bonté auquel vint s’ajouter celui d’une tendresse maternelle très profonde, se cache une admirable vie d’artiste : sa vie intérieure, sa vraie vie, celle que révèlent ses œuvres qui furent ses confidentes de chaque jour et qui, à travers leur multiplicité et leur diversité, montrent que, depuis l’enfance jusqu’à la mort, elle est toujours demeurée elle-même dans son art, ce qui ne l’a pas empêchée d’enrichir peu à peu sa palette et de perfectionner et élargir son métier à mesure que se développait sa sensibilité, que s’affinait sa vision et que s’assouplissait sa main.
Gustave Courbet
La science livresque des doctes professeurs est généralement impuissante à expliquer l’œuvre d’art et à en faire apprécier les qualités essentielles.
Courbet apprit la grammaire de son art dans les Musées, mais c’est au contact de la Réalité qu’il put développer magistralement son style et affirmer son originalité. C’est parce qu’il s’évada des Musées au moment opportun que les morceaux capitaux de son œuvre tiennent bellement leur place au Louvre, à côté des chefs-d’œuvre des meilleurs artistes de son temps et de tous les temps.
Chopin ou le poète
De Chopin, presque rien ne subsiste. Sa nature le préservait des vaines expériences et le destin a voulu en outre qu’un grand nombre de ses lettres et de ses reliques fussent brûlées dans une maison varsovienne qu’habitait sa sœur en 1863. […] Au demeurant, sa vie fut toujours si simple et si logique, qu’un peu de commentaire est nécessaire pour l’entendre, comme sur une note une appogiature la fait mieux valoir. Deux ou trois voyages exceptés, le monde extérieur a fort peu pénétré cette imagination tournée toute vers le dedans. Sa poésie est ce qu’il ajoute de possible et de chantant aux déceptions de ses journées.
Assez mal servi en amour, en amitié, en tout ce qui exige de l’aveuglement ou un excès de pédale, ce souffreteux lucide ne s’est regardé que dans un seul miroir : l’ébène de son piano.
Vincent Van Gogh
Théodore Duret analyse avec précision l’évolution artistique de Vincent Van Gogh, mettant en lumière ses innovations, ses techniques, ainsi que ses dessins et son œuvre littéraire. Au-delà de la dimension biographique, le texte se distingue par la perspicacité d’un critique d’art qui peut être considéré comme le plus éminent de son époque. De nombreux aspects de ce texte, écrit juste quelques décennies après le décès de l’artiste, se révèlent avec le recul comme prophétiques. Une biographie de référence sur Vincent Van Gogh.
Camille Pissarro
Pissarro restera l’ouvrier des premières heures qui consacra pieusement sa vie à l’élaboration d’un art universel et complet dont toutes les expressions sont humaines et naturelles. Il aura posé un des premiers jalons de l’esthétique future par laquelle les artistes de l’avenir s’émanciperont vers la lumière, source de toute vie et de toute beauté. La rêverie ensoleillée de son œuvre immense charmera pour longtemps les délicats et les sincères, et les peintres eux-mêmes sauront y retrouver les marques d’un génie modeste, dont s’enorgueillira plus tard la France, quand elle mettra le souci de ses gloires artistiques au-dessus des cabotinages.
La Vie de Franz Liszt
Malgré notre incroyance, nos sécheresses, nous restons charmés par toute harmonie un peu passionnée et inconsolables quand nous craignons d’avoir perdu l’amour. Un certain romantisme du cœur s’impose toujours comme l’ordre intellectuel le plus raffiné. Or Liszt a eu beaucoup d’amours, mais l’ordre qui domine son œuvre comme il commande sa vie est la poursuite d’un idéal. Si ce mot fait sourire, peu importe. Lorsque la princesse de Wittgenstein, vieille et laide comme une chouette, lui disait en lui reprochant ses tardives aventures : « cela gâtera votre biographie », nous sentons bien que Liszt a dû sourire aussi.
